samedi 3 mars 2012

Fracture numérique 2.5: réseaux sociaux et publics fragilisés

Dès son extension au grand public au début des années 90, Internet a pris pied dans la dynamique de recherche d’emploi. Premières utilisations des mails, premiers sites publics (ORBEM, par ex.) ou privés (Monster, par ex.). Il s’agissait alors d’un Internet 1.0 offrant principalement une information statique et la possibilité de communiquer plus rapidement ses candidatures. Peu de chercheurs d’emploi possédaient une « carte de visite numérique », un site personnel…

Avec leur public particulièrement éloigné du marché de l'emploi, les Centres Publics d'Action Sociale ont été confrontés à la Fracture numérique 1.0. Peu de leurs bénéficiaires avaient les ressources financières nécessaires pour s'équiper d'un ordinateur et d'une connexion Internet. Au travers du budget pour la Lutte contre la Fracture Numérique (http://www.mi-is.be/be-fr/fracture-numerique/la-fracture-numerique), les CPAS ont alors reçu des moyens afin de permettre à leurs publics d'acquérir un ordinateur issu des filières de recyclage de matériel informatique (filières développées principalement dans le cadre de politiques d'économie sociale). Très rapidement, le service public a été confronté aux difficultés de financement des connexions internet: effectivement, à quoi bon posséder en 2005 un ordinateur non connecté à la Toile ?! Les régions ont alors également permis le développement d'Espaces Publics Numériques (par ex., voir l'EPN Sapiens http://www.fobagra.net/index.php?option=com_content&view=article&id=94&Itemid=37).
L'Internet 1.0, peu interactif, permettait un apprentissage assez facile de ses fonctionnalités par des publics précarisés.

L’Internet 2.0
 a bouleversé la donne ! En effet, l’Internaute a été invité à construire l’information, à exister sur la toile. Le chercheur d’emploi ne s’adressait plus unilatéralement à l’employeur potentiel, l’employeur lui-même était invité à découvrir les talents potentiels. L'époque d'une Fracture numérique 2.0 était arrivée avec la difficulté de former les publics particulièrement éloignés du marché de l'emploi à des techniques de maîtrise des contenus en ligne plus complexes
L'arrivée des réseaux sociaux (Facebook en tête, Twitter, LinkedIn) mène le public fragilisé à la limite d'une Fracture numérique 2.5: en effet, nous ne pouvons parler d'une véritable révolution en matière d'interfaces numériques sur Internet. Cependant, les relations entre les chercheurs d'emploi et les employeurs ne se limitent pas à une relation bilatérale. Il s'agit, pour les uns comme pour les autres, d'adopter de réelles stratégies d'implémentation et de mises à jour perpétuelles des informations, comme nous l'enseignent des conférences comme "Le Bon Profil en Quelques Clics" (Marni et Flagey, le 29/2/2012, Move4Jobs).
D’abord réservés aux profils hautement qualifiés dans des domaines tels que la communication, l’informatique ou la gestion des ressources humaines, les outils du web 2.0 et des réseaux sociaux touchent chaque jour de plus en plus de secteurs professionnels. De plus, les smartphones se généralisent et les applications se multiplient. Leurs prix se démocratisent. Demain, de plus en plus de chercheurs d’emploi, y compris particulièrement éloignés du marché du travail, seront connectés quasi en permanence… créant peut-être une nouvelle forme de fracture numérique, celle de l'hyperconnectivité et de la mobilité. L'identité numérique des chercheurs d'emploi et des employeurs s'inscrit au centre du débat.

Vivre numériquement ne peut s’envisager sans une certaine préparation, sans la prise de connaissance de certaines balises, de certaines règles propres aux réseaux sociaux, sans l’acquisition de certains codes.
Les CPAS, comme beaucoup d'autres services publics, ne sont pas prêts à accompagner leur public dans ce qui est sans doute une révolution dans les modes de relations entre chercheurs d'emploi et marché du travail. Ils sont, comme beaucoup d'institutions, frileux à l'idée de laisser rentrer dans leurs locaux des connexions aux réseaux sociaux. Et ce, le plupart du temps, pour des raisons de sécurité (avérées dans certains cas) ou de management du personnel (perte de rentabilité). Ils sont également frileux à l'idée de s'exposer au travers d'une page facebook, ou d'un profil twitter. Ici, s'entremêlent fausses croyances (les réseaux sociaux ne sont que des gadgets qui disparaîtront avec le temps) et manque (volontaire parfois ?) de moyens financiers (en effet, l'organisation d'un community management digne de ce nom nécessite un investissement en personnel non négligeable, l'investissement matériel étant quant à lui très limité).
Il faut également veiller à former les travailleurs sociaux. Cette formation nécessite de leur donner accès aux réseaux, de les motiver à s'y inscrire également, et donc, de prendre connaissance et maîtriser toutes les règles de sécurité nécessaires à la stricte séparation entre vie professionnelle et vie privée. Il faut les équiper de matériel performant, y compris mobile.
La réflexion est donc loin d'être aboutie. La création d'un Think Thank Numérique sur la question serait de nature à la faciliter. Partant ?

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